Le CBD peut-il devenir un insecticide naturel contre le moustique ? En laboratoire, c’est plausible pour les larves : en 2024, des chercheurs de l’Ohio State University ont montré dans une étude publiée dans la revue Insects que le CBD tue des larves d’Aedes aegypti, y compris des larves résistantes aux pyréthrinoïdes. Pour les moustiques adultes, en revanche, aucun effet répulsif n’a été observé. Aucun insecticide à base de CBD n’est disponible aujourd’hui, et pour la plupart des autres nuisibles, ce sont plutôt les terpènes du chanvre qui semblent actifs. Pour découvrir cette molécule, commencez par notre guide complet du CBD.
- Pourquoi le chanvre intrigue les entomologistes
- L’étude du CBD sur les larves de moustiques
- CBD vs Moustique : ce que les chercheurs ont mesuré
- CBD ou terpènes : qui agit vraiment ?
- Effet du CBD sur d’autres insectes nuisible
- Les limites et les risques pour l’environnement
- Peut-on utiliser du CBD comme insecticide chez soi ?
- Les méthodes anti moustique qui ont fait leurs preuves
- La conclusion du producteur de cbd
- FAQ
Pourquoi le chanvre intrigue les entomologistes
Le chanvre (Cannabis sativa) fabrique plus de mille métabolites secondaires, dont des terpènes et des phytocannabinoïdes comme le CBD. Ces molécules servent en partie à protéger la plante. Des chercheurs ont observé en 2023 que des chenilles se nourrissant de génotypes riches en cannabinoïdes consommaient moins de feuilles, avec une croissance réduite et une mortalité accrue.
Cette observation a poussé des équipes à tester le chanvre comme base de biopesticides, c’est-à-dire d’insecticides d’origine naturelle. Le sujet n’est pas neuf : une revue de 88 publications recense des usages traditionnels contre les moustiques, les puces, les punaises de lit ou les charançons, mais note que peu d’études analysaient la composition de leurs extraits, et que la plupart n’avaient pas de témoin.
L’étude du CBD sur les larves de moustiques
Le travail le plus avancé sur le CBD lui-même est celui de Martínez Rodríguez et ses collègues, publié le 10 juillet 2024 dans Insects (MDPI), en accès libre : Larvicidal Activity of Hemp Extracts and Cannabidiol against the Yellow Fever Mosquito Aedes aegypti. L’équipe est celle de Peter M. Piermarini, professeur d’entomologie spécialisé en toxicologie des moustiques. Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts, et le financement est universitaire.
Aedes aegypti, le moustique de la fièvre jaune, transmet aussi la dengue, comme le chikungunya et le Zika. Les insecticides de synthèse comme les pyréthrinoïdes perdent en efficacité à mesure que des résistances apparaissent : d’où l’intérêt pour de nouvelles molécules.
CBD vs Moustique : ce que les chercheurs ont mesuré
Un protocole strict :
Un extrait de feuilles de chanvre (variété Tango Kush, cultivée en serre) a été ajouté à l’eau de plaques de 24 puits contenant chacun six larves de premier stade. La mortalité était relevée à 48 heures. Deux souches étaient comparées : une sensible aux pyréthrinoïdes, et une souche de Porto Rico plus de 30 fois plus résistante à la cyperméthrine.
Les résultats de cette variété de cbd contre les moutiques :
- L’extrait tue les deux souches avec la même puissance. La concentration létale médiane (CL50) est d’environ 4,4 ppm pour la souche sensible et 4,3 ppm pour la souche résistante, avec jusqu’à 100 % de mortalité aux doses les plus fortes. En eau, 1 ppm équivaut à peu près à 1 mg par litre.
- Le CBD est le principal responsable. En séparant l’extrait en fractions, l’équipe a montré que l’activité complète se concentrait dans la fraction riche en CBD. La fraction censée contenir les terpènes n’a atteint que 25 % de mortalité à la dose maximale.
- Le CBD pur reproduit l’effet de l’extrait. À quantité de CBD égale, sa CL50 (0,59 ppm) est proche de celle de l’extrait (0,53 ppm). Elle est de 0,83 ppm sur la souche résistante contre 0,88 ppm sur la souche sensible.
Précision utile : les 4,4 ppm concernent l’extrait entier, tandis que les valeurs de 0,5 à 0,9 ppm concernent la seule quantité de CBD qu’il contient.
Un intérêt face aux résistances :
Le CBD ayant gardé sa puissance sur la souche résistante, il agirait probablement autrement que les pyréthrinoïdes. Son mode d’action exact reste inconnu : les insectes n’ont pas de récepteurs cannabinoïdes classiques, mais le CBD agit chez les mammifères sur de nombreuses cibles, dont des canaux ioniques visés par des insecticides connus. Les auteurs supposent qu’il touche plusieurs cibles, sans l’avoir démontré. Pour comprendre comment il agit chez l’humain, voir notre article sur le système endocannabinoïde.
CBD ou terpènes : qui agit vraiment ?
C’est la nuance la plus importante de ce dossier. Le CBD tue les larves d’Aedes aegypti (moustique), mais ce résultat ne se généralise pas à tous les nuisibles :
- Les revues pointent vers les terpènes. La revue de 88 publications conclut que ce sont surtout les huiles essentielles, riches en terpènes, qui éloignent ou tuent les arthropodes. Ce sont aussi les études les plus rigoureuses. Les cannabinoïdes sont quasi absents des huiles essentielles obtenues par distillation à la vapeur.
- Sur les pucerons, le CBD seul a échoué. Dans une étude de 2023, le CBD ajouté à l’alimentation n’a pas réduit la fécondité du puceron du chanvre, et l’a même augmentée les premiers jours. En revanche, un cannabinoïde mineur, le CBDVA, l’a fortement réduite.
- Sur les moustiques adultes, le CBD n’explique pas à lui seul la toxicité de l’extrait de chanvre, et aucune répulsion spatiale n’a été observée.
- Chez certains papillons, le CBD ne gêne pas. Selon la revue de 2018, des chenilles nourries de feuilles riches en CBD se nymphosaient normalement, et le CBD pur attirait même la ponte d’un papillon du chou.
Autrement dit, c’est la plante entière et ses terpènes qui intéressent les chercheurs, avec le CBD comme acteur important mais pas universel.
Effet du CBD sur d’autres insectes nuisible
Hors des moustiques, d’autres études scientifiques ont étaient établis sur le CBD ou l’huile de chanvre :
- Ravageurs des stocks : Une étude de 2020 a observé qu’une huile de CBD provoquait une mortalité dose-dépendante chez les larves de trois ravageurs des grains (la teigne indienne de la farine, le silvain et le tribolium), jusqu’à 100 % à la dose maximale testée. Un travail ultérieur a mesuré chez quatre coléoptères des grains un effet additif avec l’azadirachtine, un biopesticide dérivé du neem.
- Chenilles : Chez le sphinx du tabac, des chercheurs ont montré que les larves évitent un régime riche en CBD, et que celles qui y sont contraintes grandissent moins et survivent moins.
- Pucerons et acariens des cultures : Des huiles essentielles de chanvre se sont montrées toxiques pour le puceron du pêcher, mais très peu pour des larves de Culex. Selon la revue de 2018, une huile essentielle a tué 93 % des pucerons du pommier, un taux proche de celui d’un insecticide du commerce.
- Mouche soldat noire : Des déchets de chanvre utilisés comme substrat d’élevage n’ont pas empêché ses larves de se développer, ce qui rappelle que le chanvre n’est pas toxique pour tous les insectes.
- Les tiques : Une étude de 2020 a testé un extrait de chanvre contre la tique du bétail Rhipicephalus microplus : mortalité totale des larves à 40 mg/mL, et moins de tiques sur des bovins traités. Mais l’extrait était testé avec de l’ail, et l’implication du CBD ne repose que sur une simulation informatique. D’autres travaux sont plus modestes, avec un extrait classé 24e sur 29 plantes. Du côté des huiles essentielles, une étude de 2020 rapporte une toxicité sur le pou rouge des poules et sur des larves de tique du dromadaire, attribuée surtout à deux terpènes, le caryophyllène et l’humulène.
- Les puces et les punaises de lit : À ce jour, nous n’avons identifié aucune expérience moderne. Le chanvre est cité depuis des siècles pour les éloigner, mais ces usages relèvent de l’anecdote.
- Les termites : Selon la revue de 2018, des extraits aqueux de feuilles et de graines ont tué 95 à 100 % des termites Microtermes obesi en laboratoire après 11 jours.
Le varroa : Une étude de 2024 a mesuré dans des colonies d’abeilles une efficacité de 95,4 % pour une huile essentielle de chanvre à 15 %, et de 64,5 % à 5 %. Les composés dominants sont des terpènes, pas du CBD.
Ces résultats portent sur des espèces, des doses et des modes d’exposition très différents : ils indiquent un potentiel, pas une efficacité généralisable.
Les limites et les risques pour l’environnement
- Un seul stade, une seule espèce pour le CBD pur. Les tests portent sur des larves de moustiques de premier stade d’Aedes aegypti, en plaques de laboratoire. Rien ne permet d’extrapoler au moustique tigre ou aux Culex avec ce seul article.
- Une seule variété de chanvre. Les auteurs soulignent que d’autres variétés, au profil chimique différent, restent à examiner.
- Des conditions de laboratoire. Les substances ont été dissoutes dans de l’acétone avant d’être ajoutées à l’eau. Le comportement du CBD dans un milieu naturel, où il est peu soluble, est inconnu.
- Des résultats hétérogènes. Selon les parties de la plante, les extractions et les doses, les résultats varient de l’absence d’effet à la mortalité totale.
- Un résultat à reproduire. C’est une première démonstration, qui doit être confirmée par d’autres équipes.
Qu’en est-il des organismes non ciblés ? Les données sont partielles. Une étude sur le poisson-zèbre adulte a rapporté une toxicité du CBD sur la reproduction. À l’inverse, selon Benelli et al., une huile essentielle de chanvre n’a pas tué de coccinelles adultes ni de vers de terre aux doses testées, alors que la cyperméthrine les tuait à 100 %. Mais dans les données rapportées par la revue de 2018, la larve d’éphémère est aussi sensible à une huile de chanvre que le moustique tigre (CL50 de 282 contre 302 µL/L). Nous n’avons trouvé aucune étude sur les abeilles.
Peut-on utiliser du CBD comme insecticide contre les moustiques chez soi ?
Les données actuelles ne permettent pas de le recommander. Aucun protocole domestique n’a été validé, et la dose, la durée d’action et les effets sur la faune d’un bassin ou d’une mare ne sont pas connus. Verser de l’huile de CBD dans une eau stagnante serait une expérience sans garantie d’efficacité, avec un risque écologique non évalué.
Un produit destiné à éliminer des insectes relève en Europe d’une réglementation spécifique : celle des biocides, ou des produits phytopharmaceutiques pour les cultures. À notre connaissance, aucun insecticide à base de CBD n’est autorisé. Pour le cadre légal du CBD en général, voir notre page sur la législation du CBD en France.
Et pour un animal de compagnie ? Rien ne démontre qu’un produit au CBD protège un chien ou un chat contre les tiques et les puces. Demandez conseil à un vétérinaire et utilisez des antiparasitaires autorisés.
Les méthodes anti moustique qui ont fait leurs preuves
- Supprimer les eaux stagnantes. Coupelles, seaux, gouttières, bâches, pneus : les larves ont besoin d’un peu d’eau pour se développer. Les vider ou les couvrir chaque semaine coupe le cycle.
- Utiliser le Bti (Bacillus thuringiensis israelensis) pour les eaux qu’on ne peut pas vider. Cette bactérie produit des toxines actives sur les larves de moustiques. De récents travaux publiés dans Insects confirment son efficacité sur Aedes aegypti en laboratoire et sur des populations sauvages, avec un impact présenté comme limité sur les écosystèmes aquatiques.
- Se protéger individuellement (vêtements couvrants, répulsifs reconnus, moustiquaires). Cela ne remplace pas la lutte contre les larves.
La conclusion du producteur de cbd
En tant que producteur de chanvre bien être, je trouve ces travaux passionnants et encourageant pour la suite. Le chanvre fabrique ces molécules précisément pour se défendre, et il est logique que des chercheurs s’y intéressent.
Mais je préfère rester prudent. Ce que montre la science aujourd’hui, c’est que le CBD tue des larves de moustiques d’Aedes aegypti en laboratoire. Cela ne fait pas de lui un insecticide, et encore moins un produit à verser dans une mare ou à vaporiser au jardin. Et pour la plupart des autres nuisibles, tiques, pucerons ou varroa, ce sont plutôt les terpènes de la plante qui semblent actifs, pas le CBD. Je préfère le dire clairement : je ne vendrai jamais un produit au CBD en promettant qu’il éloigne les moustiques ou les tiques. Rien ne le démontre, et ce serait vous tromper.
Ce qui m’enthousiasme, c’est ailleurs : les feuilles de chanvre sont la plupart du temps de simple déchet de culture, et les chercheurs y voient une matière première possible pour de la bioprotection. Si ces pistes se confirment, ce serait une belle façon de valoriser toute la plante, à condition que les tests environnementaux suivent (les effets sur les poissons, les pollinisateurs et les autres insectes bénéfiques).
Les mêmes chercheurs ont étudié ses effets sur les adultes dans une étude distincte : pas de répulsion spatiale observée, et une toxicité de l’extrait que le CBD n’explique pas à lui seul.
Cette étude ne l’a pas testé. Des travaux antérieurs ont observé des effets d’huiles essentielles de chanvre sur plusieurs espèces, dont Aedes albopictus, mais cela ne prouve rien pour le CBD isolé.
Oui, en laboratoire, sur des larves d’Aedes aegypti : l’étude de 2024 observe jusqu’à 100 % de mortalité en 48 heures. Le résultat n’est pas validé en conditions réelles.
Supprimer les eaux stagnantes et, si nécessaire, traiter avec du Bti.
Pas au sens réglementaire : aucun produit à base de CBD n’est autorisé comme insecticide à notre connaissance. En laboratoire, il montre en revanche une toxicité sur certains insectes, dont des larves de moustiques.
Cela dépend de l’insecte. Pour les larves d’Aedes aegypti, le CBD est le principal composé actif. Pour les pucerons, les tiques ou le varroa, les travaux pointent plutôt des terpènes, ou d’autres cannabinoïdes comme le CBDVA.
Aucune donnée solide ne le montre. Pour les tiques, certains extraits ou huiles de chanvre ont des effets en laboratoire, mais en grande partie dus à d’autres composés que le CBD. Pour les puces, il n’existe que des usages traditionnels.
Rien ne le démontre. Demandez conseil à un vétérinaire et utilisez des antiparasitaires autorisés.
Les données sont partielles. Une étude sur le poisson-zèbre adulte a rapporté une toxicité sur la reproduction, et nous n’avons trouvé aucune étude sur les abeilles. Les auteurs de l’étude sur les larves de moustiques indiquent que l’impact sur les organismes non ciblés reste à évaluer.






